Notre voie électronique à nouveau disponible sur abidjan.netVendredi--Juillet-2011
11 avril 2011 - 11 avril 2016: 5 ans après sa déportation à La Haye Gbagbo présent dans les cœurs -- pulié le : Lundi--Avril-2016
Issue No.: 5306
du
Mardi 17 Mai 2016

Tèl :22 49 51 97/22 49 51 98
Fax :22 49 51 96
BP:06 BP 2868 Abidjan 06
Mail:lequotidiennotrevoie@yahoo.fr
situation géographique:RIVIERA PALMERAIE

  A la une

Ulrich Eké, responsable Jpdci en exil : «Je ne regrette pas d’avoir soutenu Gbagbo»
Exilé politique en Angleterre depuis plus de cinq ans, Ulrich Eké, un des anciens responsables de la Jeunesse du Pdci-Rda et ex-président des jeunes majeurs du Pdci, a rencontré, il y a quelques semaines, à La Haye, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Il en parle. Il jette également un regard sur le Pdci actuel et la gestion du pouvoir par Ouattara.
Notre Voie : Vous êtes l’ancien président des nouveaux majeurs du Pdci- Rda ayant soutenu la candidature du président Gbagbo à la présidentielle de 2010. Vous avez ensuite été contraint à l’exil à l’issue de la crise postélectorale. Cinq années après, quel regard rétrospectif portez-vous sur ce qui s’est passé ?
Ulrich Eké : En effet, pour la présidentielle de 2010, mes amis et moi de l’organisation des nouveaux majeurs du Pdci-Rda avions parcouru les villes, villages et hameaux pour vendre le candidat Henri Konan Bédié, qui, pour nous, incarnait les valeurs houphouétistes de paix et de dialogue. Malheureusement, le premier tour du scrutin a été très fatal pour le Pdci-Rda après le décompte des bulletins de vote qui ne reflétait pas la réalité des urnes. Le président Bédié, lui-même, a déclaré qu’on lui avait volé plus de 600.000 voix. Il n’a pas été admis au second tour qui a donc vu le président Laurent Gbagbo et M. Alassane Ouattara s’affronter. Notre parti, qui est en alliance avec le Rdr dans le Rhdp, a décidé de soutenir Alassane Ouattara. Cette pilule très amère prescrite par le président Bédié n’a pas été avalée par un nombre important de cadres du parti et de la jeunesse.

N.V.: Pourquoi certains militants du Pdci ont-ils eu cette attitude ?
U.E.: Ouattara était, pour nous, l’homme politique qui était aux antipodes des valeurs houphouétistes. Jamais, feu le président Houphouet-Boigny, dans sa vision politique, ne s’est accommodé de la prise du pouvoir par les armes. Au surplus, nous ne croyions pas au programme d’Alassane Ouattara qui était un faisceau d’illusions. Nous avons donc pris nos responsabilités en tant que jeunes pour sortir de la grogne silencieuse des aînés et marquer au grand jour notre désaccord.

N.V.: C’est ainsi que vous avez opté pour le candidat Laurent Gbagbo ?
U.E.: Il est clair que le président Laurent Gbagbo ne partage pas notre idéologie politique, mais il n’est pas moins vrai qu’il partageait la vision d’Houphouet quant au dialogue. Sa générosité politique et son slogan «Asseyons-nous et discutons» nous ont séduits. Il dialoguait avec tous : partenaires et adversaires. Ce fils du pays qui s’est opposé à Houphouet ne lui a jamais porté le glaive en dépit de l’adversité politique très tendue. Il a su attendre son temps et non précipiter le temps. Parce que tout doit se faire en son temps. Nous avons alors porté notre choix sur sa personne. Cinq ans après, l’histoire de la violence des élections présidentielles de 2010 continue de marquer d’une pierre noire notre pays qui a été politiquement, socialement et économiquement défiguré par des prédateurs impénitents extérieurs comme intérieurs qui, non seulement, ont volé la victoire de Laurent Gbagbo, mais ont réussi à légitimer l’injustice et la vengeance qui placent aujourd’hui la Côte d’Ivoire au premier rang des Etats de non droit et dans une zone sismique socialement explosive.

N.V.: Ne regrettez-vous pas votre choix, aujourd’hui, puisque le Pdci, votre parti, est en quelque sorte au pouvoir et vous, vous vivez en exil ?
U.E.: Aujourd’hui, je vis en exil en Angleterre, mais je ne regrette pas d’avoir soutenu le président Laurent Gbagbo. Si c’était à refaire dans le même contexte, je le referais sans hésiter. Je suis en paix avec moi, même si mon pays me manque. Alassane Ouattara n’avait pas la confiance de la majorité des militants du Pdci-Rda qui étaient opposés à l’idée de le voir briguer la magistrature suprême de notre pays. Nous nous souvenions encore de ce qu’il avait voulu faire à Bédié en 1993 suite au décès d’Houphouet-Boigny et du coup d’Etat de décembre 1999. Nous étions alors très sceptiques quant à l’avenir de la Côte d’Ivoire sous Alassane Ouattara. L’actualité nous donne raison.
Le pays est dirigé de main de fer par le Rdr qui ne respecte pas les règles élémentaires de la démocratie. Notre pays est sous perfusion et se meurt du rattrapage ethnique. Le panier de la ménagère s’est transformé en sachet transparent sans consistance et souvent vide.

N.V.: Comment vivez-vous l’exil au niveau politique ?
U.E.: Je vis l’exil comme une période de méditation, de formation et de purification afin de mieux comprendre les questions qui me paraissaient difficiles à cerner. Loin de mon pays, je commence à percevoir la nature des événements politiques dans le monde qui manquait à mes connaissances politiques. Je suis encore jeune et je compte poursuivre mon apprentissage au sein de mon parti, le Pdci-Rda, pour y gravir des échelons, et ce n’est pas la distance qui constituera un frein, encore moins l’exil qui prendra fin tôt ou tard.

N.V.: Le président de votre parti, Henri Konan Bédié, a lancé, en septembre 2014, l’appel de Daoukro qui a abouti à la candidature unique d’Alassane Ouattara pour le compte du Rhdp en 2015. Cet appel suscite des mécontentements au Pdci par rapport à l’alternance 2020. Pensez-vous, comme certains, que Bédié a vendu le Pdci?
U.E.: Le président Henri Konan Bédié ne peut pas vendre le Pdci qui constitue une vieille machine regorgeant des cadres et des militants conscients de notre destin commun. Le Pdci vit en chacun de nous et survivra au poids des douleurs que le président Bédié lui fait subir par sa proximité très suspecte avec Alassane Ouattara, qui dépasse même le cadre du Rhdp. Visiblement, le vieux travaille constamment pour lui et ne se préoccupe plus de l’avenir du parti. L’idylle qu’il vit dans la ferveur avec Ouattara me laisse perplexe quant à l’alternance 2020 qui me paraît être une vue de l’esprit. A lire les déclarations prémonitoires des dirigeants du Rdr et le silence du président Bédié, je peux affirmer que la cause est déjà entendue. Notre leader a perdu le sens de la responsabilité. Il vit une retraite dorée, sans se soucier de l’avenir du parti, en s’accrochant à l’outil Pdci, source de revenus pour ses proches et lui.

N.V.: Le Pdci est donc, selon vous, le dindon de la farce dans son alliance avec le Rdr ?
U.E.: Les derniers événements quant au retour du Rdr au Pdci sont plus qu’édifiants. Même la déclaration de Bédié invitant les partis du Rhdp à revenir au Pdci-Rda n’a pas été entendue. Sa parole n’a aucun poids face aux cadres du Rdr qui sont déterminés à accentuer la souffrance des Ivoiriens en 2020. Au regard du sombre tableau politique qui nous est présenté, je suis convaincu que le président Bédié adoubera une nouvelle fois la candidature de Ouattara ou celle d’un militant du Rdr. C’est pour cela que j’ai créé le Consensus national pour la sauvegarde du Pdci-Rda (Cnspdci). J‘attends qu’un cadre compétent du parti s’y investisse pour sauver la mémoire et l’héritage politique d‘Houphouet-Boigny que Bédié piétine sans aucune commisération.

N.V.: On n’a pas senti le soutien de la Jeunesse du Pdci à Kouadio Konan Bertin dit Kkb lors de l’élection présidentielle de 2015. Comment peut-on expliquer cela ?
U.E.: Sa candidature a été perçue par les jeunes comme une improvisation très mal orchestrée; elle ressemblait à une revanche personnelle sur ses amis d’hier qui ne l’ont pas du tout ménagé au cours des législatives de 2011 à Bonon. Je ne lui dénie pas la qualité de militant convaincu du Pdci et son combat pour le respect des textes du parti. Mais, de là à prétendre diriger la Côte d’Ivoire, c’est une autre affaire qui mérite un travail minutieux de longue haleine.

N.V.: Vous étiez proche de feu Atsé Jean Claude, bouillant membre des instances dirigeantes de la Jeunesse du Pdci-Rda, décédé en exil au Ghana. Comment allez-vous gérer l’héritage politique d’Atsé ?
U.E.: Merci de l’occasion que vous m’offrez pour rendre un vibrant hommage à mon ami Atsé Jean Claude, ce dynamique combattant du Pdci-Rda qui a mobilisé mieux que quiconque les jeunes du parti à travers le pays pour le compte du président Henri Konan Bédié. C’était notre Charles Blé Goudé. Malgré l’adversité et les incompréhensions qui ont jalonné son parcours politique pendant la période postélectorale de 2010, il aurait été souhaitable que la direction du parti lui rende un hommage mérité pour tout ce qu’il a fait pour le Pdci. Atsé Jean Claude n’a trahi ni le Pdci-Rda, ni les enseignements d’Houphouet.
Aujourd’hui, la rancune faisant partie de la gestion du parti par le président Bédié, c’est sans surprise que j’ai appris le boycott des obsèques de mon ami. Hélas, ainsi va désormais le Pdci-Rda.
On ne peut pas parler d’héritage politique à pérenniser ou à gérer d’Atsé Jean Claude, car il est un Houphouétiste avéré et c’est la philosophie politique du père fondateur qui carburait son action politique.

N.V.: Avez-vous déjà rendu visite à Laurent Gbagbo et à Charles Blé Goudé à La Haye ? Si oui, de quoi avez-vous parlé ?
U.E.: J’étais à La Haye par devoir, pour marquer mon soutien, ma compassion et ma solidarité à deux illustres fils de la Côte d’Ivoire qui subissent la plus grande des méchancetés de l’Homme.
J’ai été très ému de les voir en pleine forme et déterminés à porter fièrement les stigmates et la douleur de l’Afrique bafouée et meurtrie.
Nos échanges ont tourné autour de la mère patrie qui fait face à un défi majeur, celui de la réconciliation qui est en panne sèche.
Nous nous sommes promis de nous revoir pour approfondir quelques réflexions, bien qu’idéologiquement, nous ayons des différences.
La politique, ce n’est pas la guerre des armes, mais celle des idées.

N.V.: Que faut-il faire, selon vous, pour réconcilier les Ivoiriens?
U.E.: La recette de la réconciliation vraie des Ivoiriens est connue de tous. Les ingrédients sont : la libération sans condition des prisonniers politiques et militaires, le retour sécurisé des exilés et le vote d’une loi d’amnistie générale sur les événements douloureux qu’ont vécus les Ivoiriens dans leur ensemble.
Les autorités actuelles refusent d’explorer cette voie qui pourtant aurait pu ouvrir le dialogue politique avec, à la clé, la libération de nos prisonniers de La Haye. Après cinq ans de gestion du pouvoir du Rdr, je suis plus que convaincu que la réconciliation, ils n’en veulent pas.
Interview réalisée au téléphone par Didier Depry didierdepri@yahoo.fr
 

 

 

 

Copyright
  Copyright © 2000 Notre Voie. Tous droits réservés.
site conçu et hébergé par I2S2